Carlos Seijas Meneses
Caracas, 7 oct (EFE).- Des membres de l'opposition majoritaire du Venezuela sont passés d'une présence permanente dans la rue à l'exercice de la politique depuis un abri et la virtualité, face à la "persécution" qu'ils dénoncent à leur encontre, notamment après les élections présidentielles du 28 juillet, où Nicolás Maduro a été proclamé vainqueur, ce que l'antichavisme considère comme frauduleux.
La leader María Corina Machado se trouve en "clandestinité" depuis le 1er août, craignant pour sa "vie" et sa "liberté", et a participé ponctuellement à quelques manifestations, auxquelles elle est arrivée déguisée.
Selon l'ancienne députée, ce sont précisément "les menaces croissantes" qui ont poussé à quitter le pays le candidat de la Plateforme Unitaire Démocratique (PUD) - le plus grand bloc d'opposition -, Edmundo González Urrutia, qui est arrivé en Espagne le 8 septembre, pour demander l'asile en considérant qu'il subissait une persécution politique et judiciaire au Venezuela.
Pour Juan Pablo Guanipa, proche collaborateur des deux leaders de l'opposition, bien qu’avant le 28 juillet "la persécution était une réalité", elle est devenue "incontenable" par la suite, avec une "répression" contre "tous les dirigeants politiques".
"Cela nous a obligés à nous protéger et, dans mon cas, à sortir ponctuellement, lorsque des convocations importantes ont lieu", a déclaré à EFE l'ex-diplomate, soulignant que "beaucoup" de dirigeants "nationaux, régionaux, municipaux et paroissiaux", même du "secteur étudiant", se trouvent dans cette situation.
Le gouvernement, pour sa part, a qualifié les remises en question des résultats annoncés par le Conseil National Electoral (CNE) - qui restent encore inconnus de manière désagrégée - comme une tentative de coup d'État "de caractère fasciste".
Cette protection, comme l'explique Guanipa, les oblige à renoncer à la rue et, par conséquent, à un contact direct avec les citoyens et les représentants de divers secteurs, modifiant ainsi la "manière" de faire de la politique, les transformant en "dirigeants virtuels".
"Nous devons voir comment nous parvenons à être utiles au milieu de cette situation", a déclaré l'opposant de 59 ans.
L'ancien premier vice-président de l'Assemblée Nationale (AN, Parlement) affirme s'être réinventé et consacre désormais, en grande partie, à publier constamment sur les réseaux sociaux comme un "mécanisme de communication avec le peuple", par lequel il diffuse des informations sur "la lutte" pour le "changement politique", et tente de générer "espoir et optimisme".
De plus, a-t-il poursuivi, cette protection les oblige à abandonner, pour une période indéfinie, leur "espace naturel", en référence à leur domicile, qui, dans son cas, se trouve dans l'état de Zulia (nord-ouest, frontalier de la Colombie), à plus de cinq cents kilomètres de l'endroit où - a-t-il assuré - il se trouve aujourd'hui.
"(Nous sommes) en train de changer constamment d'endroit (...) je dois me déplacer s'il y a un mouvement inhabituel, (comme) récemment à un endroit où j'étais (où) est arrivée une camionnette du Sebin (Service Bolivarien de Renseignement), celle-ci est descendue, a parlé avec le gardien, je ne sais pas si c'était à cause de moi ou d'une autre personne (...) mais cela m’a obligé à bouger immédiatement, c'est-à-dire que nous sommes dans une situation de persécution", a-t-il soutenu.
Guanipa a assuré être devenu "un persécuté" d'une "dictature qui n'accepte pas que le peuple lui ait dit qu'il ne veut plus qu'elle gouverne, et essaie de continuer à gouverner contre la volonté du peuple" qui, selon la PUD, a largement voté pour González Urrutia.
Au moins 157 politiques d'opposition et militants sociaux sont actuellement détenus au Venezuela, la plupart d'entre eux étant des collaborateurs de González Urrutia et Machado, selon le Comité des Droits de l'Homme de la formation Vente Venezuela (VV), dirigée par l'ancienne députée.
Entre-temps, depuis mars, six opposants se sont réfugiés dans la résidence officielle de l'Ambassade d'Argentine à Caracas, sous la protection du Brésil après l'expulsion de la mission diplomatique du pays austral, une autorisation que, cependant, le Venezuela a révoquée au géant sud-américain le 7 septembre.
Guanipa a dénoncé des tentatives d'arrestation à son encontre lors des "trois dernières" manifestations auxquelles il a participé, une "chance" que - a-t-il signalé - n'ont pas connue certains de ses collègues, dont Freddy Superlano, Perkins Rocha et Biagio Pilieri, également collaborateurs de la PUD.
Malgré tout, il dit être prêt à assister à de prochaines convocations pour honorer l'engagement qu'il ressent envers le peuple, en prenant des mesures de sécurité, même "sachant qu'il y aura toujours un risque". EFE
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