Le gouvernement Petro ajuste sa stratégie pour mettre en œuvre un "front national" au Venezuela, pour le dialogue entre Maduro et l'opposition.

Publié le 05.10.2024

Le président Gustavo Petro et le chancelier Luis Gilberto Murillo ajustent leur stratégie pour encourager un dialogue entre le gouvernement et l'opposition au Venezuela.

Selon des informations obtenues par le quotidien El Espectador, l'objectif est d'obtenir un accord qui soit présenté au Conseil de sécurité de l'ONU.

Cette initiative vise à atténuer les risques pour la Colombie, en particulier en termes de coopération économique et de sécurité, tout en maintenant une position prudente.

Le contexte politique au Venezuela s'est compliqué après les élections du 28 juillet, où Edmundo González s'est proclamé président élu, car le Centre Carter a signalé des irrégularités dans le processus électoral, suggérant une victoire de González. Cependant, le gouvernement colombien, conscient de l'impossibilité d'une sortie immédiate de Nicolás Maduro, travaille sur une proposition d'« accord de cohabitation », similaire au Front national vécu par la Colombie par le passé.

La proposition colombienne, qui avance avec prudence et sous conseil académique, se concentre sur trois axes : une déclaration unilatérale auprès du Conseil de sécurité de l'ONU pour la transition, des garanties de transparence pour les élections régionales au Venezuela, et un levée progressive des sanctions contre le pays voisin. Un haut fonctionnaire du gouvernement colombien a souligné, dans El Espectador, l'importance d'atteindre une paix politique pour éviter que la crise continue d'affecter autant les Vénézuéliens que les Colombiens.

Le commerce entre la Colombie et le Venezuela a atteint des chiffres record, avec 492 millions de dollars enregistrés entre janvier et juin de cette année, ce qui souligne l'importance de maintenir des relations stables. De plus, les deux pays partagent plus de 2 200 kilomètres de frontière, rendant cruciale une bonne coordination bilatérale.

Le gouvernement de Petro prévoit de faciliter les discussions entre Maduro et l'opposition, un processus qui nécessite le soutien d'autres pays. Avec le Mexique restant en dehors, seule la Colombie et le Brésil mèneraient le processus. Petro et le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, ont entamé des consultations avec Cuba, la Chine, la Russie et les États-Unis pour renforcer l'initiative.

Pendant ce temps, la directive de la présidence de la République est de maintenir une position sereine et d'exiger une surveillance internationale sur les résultats électoraux au Venezuela. Bien qu'une rencontre entre Petro et Maduro ait été envisagée, elle n'a pas été concrétisée en raison de la prudence avec laquelle la situation est gérée.

Malgré les tensions politiques, la Colombie cherche à resserrer ses liens économiques avec le Venezuela, en considérant l'importation de gaz naturel et l'exportation d'énergie électrique. Dans ce contexte, le chancelier Murillo a prévu une visite au Qatar pour explorer des expériences de médiation et d'assistance humanitaire.

Les résultats de ces initiatives pourraient commencer à se faire sentir d'ici la fin de l'année, une fois que le paysage géopolitique sera clarifié après les élections aux États-Unis. D'ici là, Petro et Murillo restent fermes dans leur stratégie de prudence et de résistance aux pressions extérieures.

Inspiré par l'histoire de la Colombie : Petro a suggéré un front national pour le Venezuela

Dans un contexte de crise politique et sociale au Venezuela, le président Gustavo Petro a proposé la mise en œuvre d'un "front national" comme solution possible. Cette idée s'inspire d'un modèle historique colombien qui visait à stabiliser le pays durant une période de violence politique. Selon Jason Cruz Góngora, spécialiste de l'Université du Rosario consulté par La République, le Front national en Colombie était une coalition politique qui a fonctionné entre 1958 et 1974, unissant les partis traditionnels pour alterner le pouvoir et ainsi réduire les tensions partisanes.

Le Front national colombien est apparu après le renversement du dictateur Gustavo Rojas Pinilla. Cet accord politique a permis aux partis libéral et conservateur de s'alterner au pouvoir, ce qui a aidé à réorganiser le pays et à atténuer la violence politique de l'époque. Jason Cruz Góngora, de l'Université du Rosario, a expliqué à La République que cette période était significative non seulement pour ses implications internes, mais aussi pour son impact sur la scène internationale.

“Le principal accord politique après le renversement de Gustavo Rojas Pinilla était la réorganisation du pays par l'alternance au pouvoir des partis libéral et conservateur”, a déclaré Cruz.

La proposition de Petro suggère que le Venezuela pourrait bénéficier d'une approche similaire pour faire face à sa crise politique actuelle. Bien qu'aucun mécanisme spécifique sur la manière de mettre en œuvre un "front national" au Venezuela n'ait été détaillé, la référence au modèle colombien implique une possible coalition entre les forces politiques opposées pour stabiliser le pays.

Le contexte vénézuélien actuel est marqué par une profonde division politique et une crise économique qui a poussé des millions de personnes à émigrer. L'idée d'un "front national" pourrait être considérée comme une tentative de trouver un terrain d'entente entre les factions politiques en conflit, similaire à ce qui a été tenté en Colombie il y a plusieurs décennies.

La situation au Venezuela reste complexe, et la proposition de Petro n'est qu'une des nombreuses solutions possibles à la crise. Cependant, la référence au Front national colombien offre une perspective historique qui pourrait servir de guide aux dirigeants vénézuéliens dans leur quête de stabilité et de paix.

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