Le retour qui pourrait changer l'histoire du Venezuela : María Corina est revenue

Publié le 25.10.2026

Il y a des événements qui ne s’expliquent pas uniquement par la politique. Ils se ressentent. Ils nous émouvant parce qu’ils sont le fruit de années de souffrance, de résistance et d’espoir. Le retour de María Corina Machado au Venezuela en fait partie.

Après près de dix mois à l’étranger et de nombreuses tentatives pour rentrer, elle est apparue à l’église Santa Rosa, dans l’État de Lara, pour remercier la Divina Pastora. Entre embrassades, prières et témoignages d’affection, elle a retrouvé son peuple.

Son message a été bref et émouvant : « Je suis là. Avec vous ». Quatre mots qui résument des années de résistance.

Pendant mes années en tant que députée nationale du PRO et ambassadrice argentine auprès de l’OEA entre 2018 et 2019, le Venezuela occupait une place centrale dans mes préoccupations politiques. Sous la présidence de Mauricio Macri, l’Argentine a adopté une position ferme face à la crise vénézuélienne. Le président s’est activement impliqué dans les efforts régionaux pour trouver une issue démocratique.

Le 24 janvier 2019, j’ai présenté au nom de seize pays une déclaration de soutien à l’Assemblée nationale vénézuélienne et à Juan Guaidó, qui réclamait également la libération des prisonniers politiques et l’entrée d’aide humanitaire. C’était une politique étrangère fondée sur des convictions, mais aussi sur des actions concrètes.

Je me souviens des longues sessions, des dénonciations concernant les prisonniers politiques et des familles qui fuyaient le Venezuela. Je me souviens aussi des Vénézuéliens qui nous demandaient de ne pas cesser de parler de leur pays. De ne pas nous habituer à la répression. De ne pas confondre le respect de la souveraineté avec le fait de détourner le regard.

C’est pourquoi le retour de María Corina est émouvant. Sa présence au Venezuela donne un nouvel élan à une transition qui a encore beaucoup à résoudre.

Le chavisme marque la vie politique vénézuélienne depuis plus de vingt-sept ans. L’arrestation de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026, lors d’une opération militaire américaine, a ouvert une étape inattendue. Mais sa sortie du pouvoir n’a pas signifié le rétablissement de la démocratie. Delcy Rodríguez reste à la tête du gouvernement intérimaire et les institutions font encore face à d’immenses défis.

María Corina revient à un moment décisif. Elle a remporté les primaires de l’opposition d’octobre 2023 avec plus de 92 % des voix, mais le gouvernement de Maduro l’a empêchée de concourir aux élections présidentielles de 2024. Elle a alors accompagné la candidature d’Edmundo González Urrutia. Elle a vécu pendant plus d’un an pratiquement dans la clandestinité et a quitté le Venezuela en décembre 2025 pour recevoir le Prix Nobel de la paix.

J'admire sa persévérance et sa capacité à maintenir un leadership, même dans les circonstances les plus difficiles. Mais une nouvelle étape commence désormais. Il ne suffit plus de résister. Il faut organiser, rassembler, écouter et construire des accords.

Le Venezuela a besoin d'un accord national permettant d'avancer vers la libération des prisonniers politiques, de garantir les droits fondamentaux et d'établir les conditions pour des élections libres, transparentes et compétitives.

Des questions subsistent concernant les négociations qui ont rendu possible ce retour et les garanties permettant à María Corina d'exercer librement son activité politique. Mais il y a un point essentiel : l'avenir du Venezuela ne peut pas être décidé uniquement à Washington ni par ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir. Les Vénézuéliens doivent être les protagonistes.

Je pense aussi aux millions de personnes qui ont dû partir. Aux familles séparées, aux parents qui n'ont pas vu grandir leurs enfants, aux grands-parents qui connaissent leurs petits-enfants à travers un écran. À tant de jeunes qui ont dû chercher loin de leur terre les opportunités que leur propre pays ne pouvait pas leur offrir.

Pour tous eux, recouvrer la liberté signifie bien plus qu'une élection. Cela signifie pouvoir retourner à leurs racines.

María Corina est revenue. Elle a tenu sa parole, une fois de plus, avec la sagesse et l'humilité qui la caractérisent. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les Vénézuéliens puissent sentir qu'ils reviennent eux aussi.

Je n'ai pas de certitudes sur ce qui viendra. J'ai l'espoir qu'à cette occasion, les Vénézuéliens puissent recouvrer le droit de décider de leur destin.

Je choisis de croire en ce peuple merveilleux et en cette femme extraordinaire.

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