"Moviedreams" fait ses débuts à Sitges : le film argentin qui transforme les rêves en dernier territoire de vie privée menacé par l'IA

Publié le 12.10.2026

Le film argentin de science-fiction MOVIEDREAMS, réalisé par Horacio et Axel Maldonado, sera présenté en première mondiale le lundi 12 octobre au Festival de Sitges. Son intrigue porte sur une technologie capable d'intervenir dans les rêves et d'accéder aux désirs, aux peurs et aux impulsions que ses utilisateurs n'ont jamais décidé de partager.

Produite de manière indépendante à Buenos Aires, cette œuvre rejoindra l'un des principaux rendez-vous internationaux dédiés au cinéma fantastique, à l'horreur et à la science-fiction. L'intrigue se situe dans un futur proche, où le divertissement numérique peut transformer les expériences oniriques en situations hyper-réalistes.

L'entreprise technologique LucidVisions présente une plateforme permettant d'induire des rêves interactifs. Les utilisateurs peuvent choisir des lieux, des moments, des vécus et même des personnes pour incarner des scènes impossibles à reproduire dans la vie quotidienne.

Diego, l'un des créateurs du système, découvre que l'outil peut être utilisé à des fins différentes de celles pour lesquelles il a été conçu. Le problème ne se concentre alors plus sur les possibilités techniques, mais sur ceux qui contrôlent la plateforme et les données qu'ils peuvent extraire de leurs utilisateurs.

Le film établit une distinction entre une technologie qui interprète des informations pour construire un rêve et une autre qui obtient des données intimes de la personne qui dort. « Une chose est qu'une technologie interprète des informations et construise un rêve pour nous, et une tout autre chose est qu'elle commence à obtenir des informations sur nous. Nos peurs, nos désirs, nos impulsions, des choses que nous ne raconterions peut-être jamais à personne », ont-ils expliqué.

Les algorithmes collectent déjà des informations sur les habitudes de consommation, les films, la musique et le temps passé devant un écran. MOVIEDREAMS transpose cette capacité dans l'espace onirique, où les perceptions, les peurs et les désirs sont exposés à un système capable de les traiter.

« Rêver est probablement l'un des derniers territoires absolument privés qui nous restent », ont affirmé les réalisateurs. L'histoire intègre ainsi des dimensions politiques, économiques et psychologiques liées au contrôle de ces informations.

Le film ne propose pas une condamnation automatique de la technologie. « Le film ne cherche pas à décider si l'intelligence artificielle est bonne ou mauvaise. Il tente de poser une question beaucoup plus inconfortable : quel type d'êtres humains serons-nous lorsque nous aurons des outils d'un tel pouvoir ? », ont souligné les réalisateurs.

L'exploration des rêves était déjà apparue dans la filmographie d'Horacio Maldonado. En 1988, le réalisateur avait réalisé avec Gustavo Cova Alguien te está mirando, un film dans lequel un groupe de jeunes parvenait à partager le même rêve grâce à une drogue et à des dispositifs expérimentaux.

Près de quatre décennies plus tard, MOVIEDREAMS reprend ce territoire dans le contexte des débats actuels sur l'intelligence artificielle, la neurotechnologie, les mondes virtuels et le traitement des données. Cette fiction se relie désormais aux inquiétudes suscitées par des outils qui connaissent et classifient les informations personnelles.

Les rêves permettent de modifier le temps, l'espace et l'identité sans avoir à expliquer chaque transition. Le film exploite cette liberté pour construire un univers où la réalité et l'expérience onirique deviennent de plus en plus difficiles à distinguer.

L'entreprise LucidVisions n'a pas l'apparence d'une corporation d'un futur lointain. L'architecture contemporaine, les laboratoires, les écrans et les espaces aux lignes géométriques composent un environnement reconnaissable, tandis que les rêves adoptent des textures et des langages variés qui empêchent de les identifier immédiatement.

La distribution est menée par Maximiliano Maldonado, Valentina Podio, Agustín Olcese et Alexia Moyano. Mario Alarcón, Guillermo Arengo, Clara Kovacic et Anahí Martella complètent les participations.

La présentation à Sitges permettra d'exposer le film à un public familier des codes du cinéma fantastique. « Nous ne voulions pas faire une petite version d'un film américain. Nous voulions faire notre propre film, avec des acteurs argentins, des techniciens argentins, produit depuis Buenos Aires, mais avec une histoire et un langage qui pouvaient voyager », ont-ils affirmé.

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