Tous contre-la-montre

Publié le 19.09.2026

En Venezuela, tous semblent avoir une horloge. Washington a la sienne, Delcy Rodríguez en a une autre ; María Corina Machado court contre le temps, mais Dinorah Figuera aussi. Et tandis que chaque acteur calcule ses mouvements, il y a une horloge qui ne négocie pas, ne s’arrête pas et ignore la géopolitique : celle du Vénézuélien ordinaire.

L’horloge de Donald Trump a une date marquée : novembre 2026, le mois des élections de mi-mandat aux États-Unis. Et le Venezuela, avec son pétrole, occupe une place stratégique dans cet échiquier. Il n’est pas fortuit que Trump ait récemment lié l’évolution des prix du pétrole au calendrier électoral américain.

Washington a besoin de résultats ; Caracas a besoin d’investissements ; et l’industrie pétrolière a besoin d’années pour se rétablir, mais la politique, cette dame impatiente, travaille avec des dates.

L’horloge de Delcy Rodríguez ne donne pas non plus de répit. L’ouverture pétrolière et économique doit se traduire par quelque chose que le citoyen peut toucher : électricité, emploi, eau, services, revenus ; car annoncer des milliards de dollars est relativement simple, mais faire en sorte que le Vénézuélien voie un changement dans sa vie est une autre histoire.

L’accord pétrolier avec Washington, qui prévoit 17 champs et plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées, révèle à quel point le pétrole est au centre de cette transition.

Et tandis que le pétrole compte les barils, la politique compte les jours.

Boris Muñoz a posé une question inconfortable : si Washington a besoin de contrôler les conditions politiques pour gérer la richesse pétrolière vénézuélienne, sommes-nous face à une transition démocratique ou à une formule de stabilité permettant de garantir des objectifs stratégiques ? C’est une interprétation, pas une réponse définitive, mais elle mérite d’être discutée.

Et c’est là qu’intervient María Corina Machado. Son retour n’est plus seulement une décision personnelle. Aujourd’hui, elle fait partie de l’échiquier politique.

Machado elle-même a reconnu que la position des États-Unis et d’autres alliés pèse sur la décision de savoir quand revenir. Chaque jour supplémentaire passé hors du pays modifie le scénario, pour le meilleur ou pour le pire, car en politique, le vide fait aussi de la politique.

L’horloge de Dinorah Figuera, présidente de l’Assemblée nationale 2015, a en revanche des dates plus concrètes : octobre pour les droits politiques et civils ; novembre pour la réinstitutionnalisation de la Cour suprême de justice et décembre pour la constitution du nouveau Conseil national électoral.

Mais après le CNE vient la question que personne ne devrait pouvoir esquiver :

Quand voterons-nous ?

Car renouveler les institutions n’est pas encore rendre au citoyen son pouvoir de choisir. Un nouveau CNE peut être une condition nécessaire ; ce n’est pas, en soi, une élection.

Et voici la paradoxe de cette transition : Washington a des objectifs géopolitiques ; Delcy a besoin de stabilité et de résultats ; l'opposition doit préserver son capital politique ; les négociateurs ont des calendriers ; les entrepreneurs comptent les investissements.

Pendant ce temps, le Vénézuélien compte les pannes d'électricité, les jours sans réponse, les prisonniers politiques, les salaires qui ne suffisent pas ; en bref, il compte les années d'attente pour une élection libre.

Tout le monde a une montre, mais un seul a 24 heures.

Et lorsque tombera le dernier grain du sablier, il ne suffira pas d'expliquer qui a gagné du temps, qui a perdu de l'influence ou qui a obtenu le meilleur accord.

Quelqu'un devra répondre à la question la plus simple de toutes : Quand le Venezuela pourra-t-il décider par lui-même ?

Car une transition sans date électorale risque de devenir une autre attente.

Et le Venezuela a déjà attendu trop longtemps.

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